Humeurs vagabondes

Comment je suis devenu du matin

En trois mois de voyage, moi lève-tard invétéré, je me suis mis à me lever à six heures du matin… Quelle était cette étrange et inquiétante transformation qui s’opérait en moi

Le roi de la grasse mat’

Alors pour ceux qui me connaissent, ce n’est pas une découverte, je n’ai jamais été du matin. Certains d’entre eux diront même que c’est un euphémisme. Et pour ceux qui ne me connaissent pas, je vous le dis tout de go, je n’ai jamais été du matin.

J’ai toujours adoré me prélasser dans les tréfonds de mon lit, retarder autant que possible le moment désagréable de s’extirper des bras de Morphée. Dans ma folle et désormais lointaine jeunesse, je pouvais dormir douze heures d’affilées sans rechigner. Un pur plaisir. Pendant que le reste de la famille s’était déjà affairé à maintes tâches dans la maison. Quand je daignais enfin affronter la rudesse matinale, j’avais l’impression d’avoir louper une partie de la journée.

Au boulot, je suis plutôt en horaire décalé… Quand, à quelques reprises, par un malheureux concours de circonstances, je parviens à arriver au bureau à neuf heures, mes collègues me dévisagent avec des yeux effarés, certains proches du malaise, et me demandent si je suis tombé du lit…

Le pendant logique à cette propension à traînasser au plumard, c’est que le soir, je ne parviens pas à me coucher avant minuit. Je fais un blocage. Je n’ai jamais compris pourquoi. C’est comme ça. Alors, imaginez ma stupéfaction, quand au cours de mon voyage au long cours, je me suis mis à me lever avec les poules (littéralement). Et qu’après trois mois de périple, je compte sur les doigts de mes mains le nombre de fois où je me suis couché avant minuit. Impossible de faire une grasse matinée digne de ce nom. En deux mois et demi, j’ai pu dormir une seule fois jusqu’à neuf heures du matin. Mes célèbres capacités de grand dormeur s’étaient volatilisées. Désarmé, j’en étais réduit à me lever entre six et sept heures du matin.

Putain de soleil

Ce phénomène entièrement inédit et étrange s’est produit assez vite. Le coupable est le soleil, entraînant avec lui une ribambelle de terribles conséquences sur mon sommeil.

Alors ici, en Asie du Sud-Est, le soleil se lève un poil plutôt qu’en Europe. Vers les 5h30, il commence à pointer ses rayons majestueux et taquins. Les conséquences innombrables et tragiques de cela sont.

– Votre chambre commence à s’illuminer. Les volets étant un concept inconnu ici. Et les rideaux, comment dire… Ils servent plus à la décoration qu’à conserver un soupçon de pénombre dans la pièce.

– Il fait chaud, très chaud. Et tôt, très tôt. Donc quand le soleil s’est bien étiré, a pris son petit café et qu’il est près à attaquer la journée avec une niaque déconcertante et bien la température se met à grimper dare-dare.

– Les coqs sont réglés comme des horloges suisses (d’ailleurs la chose qui soit à l’heure ici). Le chant est ponctuel, la voix bien placée, les aigus perçants. Un vrai récital. Les autres animaux ne sont pas en reste. Oiseaux bien sûr, grand classique. Plus original, colonie de grenouilles au pied de la fenêtre de votre chambre.

– Et comme j’ai eu la bonne idée de commencer mon périple par deux pays à majorité musulmane (Malaisie et Indonésie), les appels à la prière ne manquent pas. Le chant du muezzin se propage à travers des haut-parleurs d’une qualité remarquable, procurant à la voix un effet nassillard et métallique totalement insupportable.

Bref, vous l’aurez compris, je n’ai pas pu résister longtemps face à cette armada d’événements hostiles. Toutes ces années de longs et profonds sommeils parfaitement maîtrisés ne m’auront servi à rien…

Le plus pernicieux dans tout cela, c’est que j’en suis arrivé à me dire que c’était pas si mal d’être debout de si bonne heure. Non, mais, rendez-vous compte ! Être debout à six heures du mat ça me parait cool… Bah oui, parce qu’en fait, quand vous avez une activité de prévue, vous vous rendez vite compte que le matin c’est plus agréable, à cause de la température encore relativement clémente. Et du coup, après quelques semaines, je commençais à me lever de bonne heure de ma propre initiative. Mon Dieu, …

Cercle vicieux

Et oui, parce que bien évidemment, le corollaire est que le soleil, à faire le malin à cinq heures du matin, il va se pieuter vers les dix-huit heures. Cela fait tôt, cela fait drôle. Alors au début, on tente de résister, mais subrepticement, votre organisme s’adapte et vous susurre d’une douce voix d’aller vous coucher de bonne heure.

Avec le même nombre d’heures de sommeil, plus vous vous couchez tôt, plus vous vous levez de bonne heure. Logique. Mais surtout vicieux. Vous avez mis le doigt dans un engrenage infernal. Le piège tendu par ce satané astre solaire s’était subrepticement refermé sur moi.

Le point de non-retour

Il y a certainement eu un moment où j’aurais pu encore m’en sortir. Prendre sur moi. Faire valdinguer le soleil et ses horaires à la con. Mais ce qui aura enfoncé le clou, c’est la croisière de quatre jours entre Lombok et Florès. Là, plus trop de choix. Le pouvoir du soleil brise vos dernières espérances. A dormir sur le pont supérieur quasiment à la belle étoile, forcément… Tout le monde réveillé aux aurores. Et le capitaine qui crie, breakfast ! breakfast! Et dans la foulée, après avoir avaler un pancake, c’est l’heure de taquiner les poisson ou traquer le dragon komodo. Et quand on a fini tout ça et que l’on regagne le bateau, il est tout juste neuf heures. Hein quoi ? Mais que vient-il de se passer ?

Et sur un bateau, avec la nuit qui tombe à dix-huit heures, une fois le dîner enfilé, bah il ne vous reste plus grand chose à faire dans la nuit noire et infinie. Les plus robustes resteront éveillés quelques heures supplémentaires par le biais de divers stratagèmes plus ou moins subtils. Mais après vingt-deux heures, je vous garantis que tous les hublots et écoutilles étaient verrouillés. Cela roupillait sec sur le pont supérieur.

En débarquant à Florès, même si je ne le savais pas encore, j’avais sombré dans la spirale infernale du réveil matinal. Sans m’en rendre compte, j’étais devenu du matin…

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14 Commentaires

  • Répondre
    Helene
    26 octobre 2017 à 7:39

    Oh mon pauvre !
    Tiens le coup!
    J’espère que ça va aller… Soignes toi vite.

  • Répondre
    Jenny
    27 octobre 2017 à 8:03

    Ahahah tu m’as beaucoup fait rire ! J’ai pour ma part toujours été du matin (et du soir aussi… bon insomniaque quoi..), mais pour les mêmes raisons que toi, je crois que je le suis encore plus qu’avant… et vivre dans un pays comme l’Australie où il font quasiment tout 2 heures plus tôt que toi, tu n’as de toute façon pas tellement le choix 😀

    Bon courage pour ce triste sort qui s’abat sur toi 😉

    • Répondre
      Jamais sans mes tongs
      27 octobre 2017 à 1:29

      Merci Jenny !
      Pas le choix non plus ici, c’est ça le pire 😉 Personne ne résiste, un vrai virus !

  • Répondre
    The travellin'side
    27 octobre 2017 à 11:12

    Très bon article, plein d’humour et plutôt vrai! J’ai vécue exactement la même chose en Océanie, je ne dirais pas que je suis aujourd’hui du matin (n’exagérons rien) mais j’ai beaucoup moins de difficultés à me lever et surtout j’ai réalisé que je me sentais plus en forme lorsque je calquais mon rythme à celui du soleil :-). Bien que tu n’ai pas l’air de vouloir garder ce rythme ;-p, si tu le souhaite je te conseille la lecture du livre « miracle morning » qui, pour ma part m’a aidé à garder cette habitude de retour en France. Encore plus fou je crois aujourd’hui que l’avenir appartient vraiment à ceux qui se lèvent tôt 😉

    • Répondre
      Jamais sans mes tongs
      27 octobre 2017 à 1:31

      C’est ma grande angoisse, garder cette habitude à mon retour… 😉
      Je vais regarder le livre dont tu parles mais rien que le titre me donne des frissons !

  • Répondre
    Pap et Mam
    27 octobre 2017 à 6:06

    Je m’occupe du livre. Tu l’auras à ton retour …

  • Répondre
    Bzki
    27 octobre 2017 à 7:19

    Continue à nous faire voyager ainsi. Je connaissais ton goût et ton sens de la fête mais pas celui de l’aventure et de cet art de la rédaction. On te suit et tes lignes nous font rêver. MAIS j’adore les commentaires de « Pap & Mam » …
    La bise mon couz’

    • Répondre
      Jamais sans mes tongs
      28 octobre 2017 à 6:18

      Je suis plein de surprises 😉
      Merci de me suivre 🙂
      Bisous !

      • Répondre
        Frérot
        1 novembre 2017 à 11:18

        Cet article m’oblige à laisser un commentaire.

        Je constate un réel changement dans le plus profond de toi.

        Le seul soleil couchant que tu ais pu partager, était sur une route de montage en plein hiver, entassés dans une 504 break.

        J’ai une simple question, que préfères-tu :
        Contempler un soleil levant ou bien couché de soleil ?

        • Répondre
          Jamais sans mes tongs
          2 novembre 2017 à 12:20

          Malgré ce profond changement, j’ai encore une nette préférence pour les couchers de soleil 🙂

  • Répondre
    Bee
    5 novembre 2017 à 9:57

    Bienvenu dans notre univers des lèves matin ! Ca fait bizarre hein !
    Tu m’as fait trop rire en me remémorant les épisodes où je t’avais vu arriver avant les 2 lèves tôt du bureau. Profites de tes journées à rallonge et de la beauté des levés et couchés de soleil.

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