Humeurs vagabondes

La courbure du temps

Au bout d’un peine un mois de voyage, la notion de temps a pris une tournure inattendue…

Putain dix mois !

Je me souviens de tout premier soir, à Kuala Lumpur, je me couchais enfin. Loin de la France, loin de mes proches, loin de tout. L’aventure commençait réellement. Je réalisais alors soudainement que dix mois de voyage c’était énorme. Ce n’était pas un moment de panique, juste un instant de lucidité. Qui se transformait en une grande interrogation.

Le périple en lui-même ne m’inquiétait pas du tout. Organiser mes déplacements, crapahuter dans les montagnes pentues, avancer au coupe-coupe dans la jungle, naviguer sur les flots cristallins d’archipels lointains, plonger dans les profondeurs tropicales, les rencontres improbables, les péripéties inhérentes, les phases potentiels de solitude, l’ennui, tout cela je parvenais à l’imaginer. Non. C’était cette histoire de temps qui m’intriguait à un plus haut point.

Je ne parvenais pas à appréhender cette nouvelle dimension du temps. C’était véritablement l’inconnu pour moi. Sans doute parce qu’au fond de moi, j’avais déjà compris que cela serait l’un des clefs du succès de mon aventure.

Mais voilà, au fond de mon lit, dans la capitale malaisienne, je n’avais absolument aucune idée de comment mes journées allaient s’égrener.

Quand le temps n’a plus d’importance

J’ai vite été fixé. Tout avait changé rapidement. Mes repères temporels habituels s’était effondrés les uns après le autres. J’étais passé du jour au lendemain d’une vie cadencée, à une succession de jours sans programme établi, sans obligations, sans contraintes. Des journées vides s’offraient à moi. Et je pouvais les remplir à mon gré. Une toile temporelle blanche. Une réserve infinie de quartiers libres.

Je m’attendais à ce que les jours défilent lentement et que le temps s’effiloche paresseusement. D’une certaine manière c’est bien le cas, mais en fait,  le plus surprenant est que la notion du temps a pratiquement disparu de mon quotidien.

J’ai tellement de temps devant moi, que d’une certaine manière il a perdu de son essence même. Les jours n’ont plus d’importance. Ils ne rythment plus ma vie. Je me focalise sur ce que je veux faire. J’organise mon périple, mes visites, mes activités selon mon humeur. J’adapte le temps à mon programme. Ce n’est pas mon programme qui s’adapte au temps.

Quand les jours n’ont plus d’importance

Très vite, j’ai perdu la notion des jours. Incapable de savoir si l’on était mardi ou vendredi. A la question qu’on me pose souvent, quel jour sommes nous aujourd’hui (car tous les autres voyageurs sont dans le même cas que moi), je devais réfléchir plusieurs secondes avant de répondre. Mais maintenant je ne réfléchis même plus. Je réponds simplement que je ne sais pas. Parce que d’abord, c’est la vérité et aussi parce que cela, en fin de compte, n’a aucune importance.  

Les jours, les semaines, les mois sont devenus des entités un peu floues. Je ne vis plus des jours mais des tranches de vie.

Je me suis débarrassé de cette contingence temporelle souvent encombrante dans notre quotidien.

Prendre son temps est un luxe dans ce périple. Une liberté même. L’ultime liberté sans doute.

Vivre l’instant présent

Je me concentre sur le moment présent.  Je vis de plus en plus au jour le jour. Mon futur se résume au lendemain. Je vis la journée et je verrais demain ce que je vais faire. Je le fais simplement parce que je peux me le permettre.

Car, après tout le seul temps qui importe vraiment est l’instant présent. Le passé est révolu et on ne peut pas le changer. Et nous ne maitrisons pas notre futur. Alors à quoi bon s’évertuer à gérer ces deux temps. Pourquoi ne pas se concentrer sur l’instant présent. Le seul sur lequel nous ayons vraiment un pouvoir.

Ces instants présents qui se transformeront en souvenirs

Je sais bien que dans le cadre de ce voyage, c’est facile à faire. Dans la routine parisienne, c’est une autre affaire… Mais je pense que cela vaut le coup de s’y pencher sérieusement et d’essayer de se concentrer sur ces moments présents. Car ils formeront notre passé, nous définiront en tant qu’individu.

Ces instants présents façonnent notre existence.

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5 Commentaires

  • Répondre
    L'homme pressé
    3 décembre 2017 à 5:08

    Très beau texte et superbe réflexion sur le rapport au temps dans nos vies 😉

  • Répondre
    L’ex parisien et initiateur du sprite vodka
    3 décembre 2017 à 7:48

    Tes quelques lignes me rappelle une certaine citation du grand philosophe des baby foot (de mémoire 😂) « pourquoi se soucier de Demain, puisque après Demain, demain sera passé » à croire que cela est de famille… très beau texte et tellement vrai. Un bonheur de ne plus avoir cette notion de jours, d’heures, mais de résonner par « instants » car finalement le bonheur est ailleurs

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    Pap et Mam
    4 décembre 2017 à 3:34

    Ton texte se résume ainsi :
    Le passé est une histoire,
    Le futur est un mystère,
    Le présent est un don, un cadeau que l’on nous fait. (Deepak Chopra)

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    Catherine B.
    19 janvier 2018 à 8:13

    J’adore cet article !
    « Le seul temps qui importe vraiment est l’instant présent »…et dire que des sages ont médité des années voire toute une vie pour en venir à la même conclusion ! 😉
    Cependant, il se dit que le temps n’existe pas, que c’est une illusion…(J’avoue avoir du mal à concevoir cela mais je pense que c une question de point de vue, de l’endroit où l’on se trouve…) C’est très intéressant aussi cette question du temps qui ralentit ou qui accélère selon notre position par rapport à un point ou par rapport à la planète (ou selon si on se trouve à Paris en train de travailler ou en Asie à voyager !) . Mais bon, si le temps n’existe pas… Aïe, j’ai mal à la tête !
    Bref, profite bien de tes instants présents ! 🙂 ;-b

    • Répondre
      Jamais sans mes tongs
      21 janvier 2018 à 7:50

      Je pense que d’une certaine façon le temps est une illusion dans laquelle nous nous enfermons. En se focalisant sur l’instant présent, j’ai l’impression qu’on se libère de ce temps.

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