Indonésie

J97 – Iles Togian : un petit goût de Paradis

Bon, alors avec mes compagnons échoués sur notre île déserte de Kadidiri, nous avions fait un pacte de critiquer fortement les îles Togian, pour que personne ne viennent les visiter. Nous souhaitions garder jalousement ce trésor pour nous. Mais c’est trop pour moi, je ne peux pas garder cela pour moi..

Des îles qui se méritent

Pour atteindre les îles Togian, ce n’est pas une sinécure. Elles sont situées entre la Sulawésie centrale et du nord dans la mer des Célèbes. Que vous arriviez du Nord ou du Sud, il n’y a pas vraiment de meilleur moyen d’y arriver. Cela est long, très long.

Pour ma part, j’ai commencé le périple par Makassar, ville située à la pointe Sud de la Sulawésie du Sud. Bref, bien à l’opposé de l’archipel magique. Au total, en temps de transport parcours, cela a pris trente-sept heures. Pour la logistique, compter en trois et quatre jours.

Bus de nuit de Makassar à Rantepao : dix heures. Tranquille, bien dormi. Je suis serein.

Bus de Rantepao à Tentena : dix-sept heures. Mon célèbre guide touristique annonçait dix heures de trajet. Mais les premiers échos des voyageurs que je rencontre se font plutôt pessimistes. On m’annonce du treize, quinze heures. Un couple surenchérit même à dix-sept heures. Je deviens fébrile. J’apprends que la route est déglinguée de toute part. Et que le confort du trajet depuis Makassar est juste l’exception à la règle.

La meilleure alternative semble la voiture partagée. Je tente de trouver d’autres voyageurs pour remplir une voiture et partager les frais. Mais sans succès. Retourner à Makassar pour prendre un avion pour atterrir en Sulawesie du Nord me séduit moyennement. Je n’aime pas faire marche arrière et j’essaie de prendre l’avion le moins souvent.

Mon côté baroudeur reprend alors le dessus. Ce n’est pas quelques heures en bus qui vont me tuer. Tout ce qui a été mentionné dans l’article sur les pérégrinations des transports locaux reste valable. Ajouter, à plusieurs reprises, des passager en retard que nous attendons une vingtaine de minutes. Pendant les premières heures de trajet, je me demande si le temps d’arrêt n’est pas supérieur à notre temps de route. La route est particulièrement en sale état. Il faut vraiment voir cela pour y croire. Deux Françaises qui au vécu en Afrique pendant huit ans affirment même que certaines portions de route sont similaires aux pistes africaines.

Et soudain, alors que nous avions pris notre mal en patience, le bus approche une zone sinistrée par un torrent de boue. Des travaux de rénovation semblent avoir lieu ici (parce que les autorités locales se rendent bien compte que les routes sont impraticables et décident donc d’améliorer les choses. Mais curieusement pendant les travaux, la situation empire).  Et pour une raison, que nous n’avons pas encore bien compris, la route est recouverte de boue, humide et glissante. Ah, détail important, c’est une côte à gravir. Vous me voyez venir. Le bus s’enlise. Et là vous deux réactions opposées parmi les voyageurs. Les locaux imperturbables continuent à dormir. Et les touristes (parmi eux beaucoup de français) qui commence à s’agiter et à prodiguer toute sorte de solutions magiques pour sortir de ce pétrin. La palme de la zénitude revenant au chauffeur de bus, qui dehors grille cigarettes sur cigarette, en attendant je ne sais quoi.

Après une vingtaine de minutes, il remonte dans le bus et retente sa chance. Il recule un peu, met les gaz à fond, un petit coup de klaxon (pour quoi faire, on ne sait pas), et hop on avance, on avance, on chasse de l’arrière, on patine. Le bus s’enlise, deuxième !

Sur cet échec flagrant, le chauffeur nous fait alors descendre du bus. Il fait descendre le bus en marche arrière jusqu’à la partie de plate de la route. Et il attend une nouvelle fois, on ne sait toujours pas quoi. Pendant ce temps, d’autres véhicules parviennent tant que bien que mal à gravir la pente boueuse. Nous demandons au chauffeur de sortir nos sacs de la soute. Certains d’entre nous veulent dormir là (sic) et d’autres, dont je fais partie, préfèrent tenter le stop.

Une fois que nous avons tous récupéré nos sacs, abandonnant les passagers locaux à l’intérieur du bus, le chauffeur a alors une illumination. Avec tout ce poids en moins, il va recommencer. Il met les gaz à fond, un petit coup de klaxon (pour quoi faire, on ne sait toujours pas), et hop il avance, il avance, il avance…

Nous regardons hébétés le bus filer dans la nuit sans nous. Une question nous hante alors tous. Le chauffeur va-t-il nous attendre au bout de la route ?

Nous voilà alors partis, sac sur le dos, tongs aux pieds à gravir la route boueuse dans la nuit noire à la lueur de nos lampes torches. Après quinze minutes de cette randonnée imprévue, la silhouette du bus se dessine au loin. On remet nos sacs dans la soute. Et c’est reparti. On arrive à Tentena à une heure du matin. Parti le matin à huit heures…

Voiture de Tentena à Ampana : six heures. Bon à côté du trajet de la veille, c’est le grand luxe. Même si globalement c’était long. Impossible de tracer sur la route, même quand il n’y pas personne. Un trou, une vache, une chèvre, un engin de travaux peuvent toujours se trouver sur la route.

Ferry de Ampana à Wakai : quatre heures. Paisible et fun.

Wakai à Kadidiri : une heure pour trouver un bateau + trente minutes de traversé.

Mais quand l’île de Kadidiri se dévoile enfin, je comprends de suite que je viens de dénicher un bout de paradis. J’ai la banane.

Coincé dans une carte postale

Après le trajet, le plus difficile aux îles Togian, c’est de choisir une île. Certains décident d’en faire plusieurs. Moi j’ai opté pour la solution fainéant. Je me pose à un endroit et je n’en bouge pas.

Petit plage sympa

L’un des atouts des îles c’est la plongée. J’en ai fait mais je ne m’attarderai pas là dessus. Ce n’est pas le plus intéressant à mes yeux. Non, le plus intéressant, dans toute cette histoire, c’est la bonne grosse glandouille sur une île paradisiaque, entouré de gens que vous venez juste de rencontrer. Sur le papier, cela paraît bien chiant, mais en réalité c’est juste magique.

Après mes deux jours de plongées, je passe en mode farniente. Et sans s’en rendre compte, une routine paisible s’installe. Dans une lenteur douce et agréable.

Et une bonne équipe se forme.  De parfaits inconnus il y a quelques jours encore. Et maintenant une complicité étonnante. Kate et Spencer, couple de Californie, Jane de Londres, Natascha de Zurich et le crazy french jamais à court d’un bon mot. Une team international au taquet.

Après le petit déjeuner, direction le ponton à admirer la vue prodigieuse qui s’offre à nous. Difficile de s’en lasser. On écoute de la musique, on lit, on, papote un peu. Puis vient l’heure du déjeuner. L’après-midi une petite activité quand même. Snorkelling, cayaking. On revient pour la douche (l’eau courante n’est disponible que de 17h à 18h). Retour au ponton pour le coucher du soleil. Dîner. Une bintang. On prend un peu d’air frais toujours sur le ponton. Et c’est l’heure d’aller se coucher. Un programme bien minuté. Rien d’exceptionnel en soi. Mais le tout forme une tranche de vie d’une profonde sérénité dans un cadre exceptionnel.

Un coucher de soleil parmi tant d’autres

Et cet environnement exceptionnel. Cela en est presque indécent. Une eau cristalline comme je n’ai jamais vu. Des lagons à couper le souffle. Des couchers de soleil en veux tu en voilà. Et le pire dans tous ça, c’est que même après cinq jours, on ne s’en lasse pas d’admirer ce spectacle.

Dur la life

Nous avons tous le sentiment que cela aurait pu durer encore quelques jours de plus. Mais le moment de se quitter se présente. Sur le moment tout se passe bien. Mais le jour d’après un manque se fait sentir.  Nous nous étions habitués à notre routine, à ces visages devenus familiers et à nos blagues récurrentes. Je réalise qu’un épisode vient de se fermer. Un fragment de bonheur simple au coeur de ce périple surprenant.

Vous aimerez aussi peut-être

10 Commentaires

  • Répondre
    Béa
    14 octobre 2017 à 8:52

    Quelle aventure Xav et quel beau paradis !
    Un coup de klaxon pour toi 😀
    Des bises de Paris, continue de nous faire réver et prends soin de toi.

  • Répondre
    le facteur
    14 octobre 2017 à 9:24

    Coincé dans une carte postale, Coincé dans une carte postale ….
    On en voit pas beaucoup des cartes postales par ici!

  • Répondre
    Mam Pap
    14 octobre 2017 à 8:41

    Encore un récit pleins de rebondissements. Contente, j’ai reconnu tes pieds …

  • Répondre
    Carole
    20 octobre 2017 à 12:20

    Superbe, effectivement c’est le pied……….des Bises du Campus SFR

  • Répondre
    Laurent (du Campus SFR aussi ...)
    25 octobre 2017 à 12:59

    Je te sens plus à l’aise sur cette île paradisiaque que dans les Pinnacles ou sur le Mont Kinabalu !
    Tchin tchin Bintang et à +

Laisser votre commentaire ici