Philippines

J-291 The last ferry

Les Philippines m’ont abreuvé d’images paradisiaques indécentes. Le choix parfait pour achever mon périple de dix mois. Mais c’était sans compter sur les ressources inépuisables des locaux pour venir ternir mes derniers instants sur l’archipel.

Avion ou ferry ?

Pour mon dernier jour aux Philippines, je dois rejoindre Manille à partir de Coron.

Je suis un fan inconditionnel des slow-boats, mais en cette fin d’aventure, la perspective de passer dix-sept heures sur un gros bateau me fascine moins. Je tente alors de réserver un billet d’avion. Plus j’ai avancé dans mon voyage, plus l’achat de billets d’avion s’est révélé une activité extrêmement complexe. Horaires débiles, prix exorbitants, sites web des compagnies aériennes très peu conviviaux, module de paiement erratique. Bref, il n’est pas rare de passer des heures à tenter de réserver un malheureux billets d’avion pour un trajet d’une heure.

Ce coup-ci, cela va beaucoup plus vite. Il n’y a plus de place pour les dates qui m’intéressent.Tout est complet. J’ignore pourquoi mais c’est comme ça.

J’ai une date butoir avec la fin de validité de mon visa. Donc pas trop le choix, je déclenche le plan B. A savoir le ferry.

La réservation est un bonheur de simplicité. Une bicoque au bord la route, un prix dérisoire et un reçu format A5 pour être certain de ne pas le perdre.

Dix-sept heures de traversée donc. J’arrive à Manille à onze heure le matin. J’ai mon avion à destination de Siem Reap à dix-neuf heures. Huit heures de battement. Je suis large. Même si parfois, les embouteillages dans la capitale s’avère un vrai calvaire, je suis serein.

Embarquement immédiat (ou presque)

L’heure de départ du ferry est fixée à dix-huit heures. L’embarquement débute à seize heures. Bon, je ne suis pas dupe. Je sais pertinemment, après dix mois en Asie du Sud-Est, que la ponctualité est un concept assez flou. Malgré cela, comme je n’ai plus rien de particulier à faire en cet ultime jour ici, je me représente au port à seize heures pétantes.

Comme prévu, pas grand chose se passe pendant deux heures. Tout le monde attend patiemment dans la salle. Beaucoup de locaux, ds familles surtout. Un sacré voyage à faire avec des gamins. Et quelques touristes ici et là.

Inspection des sacs

Vers dix-huit heure, un type baragouine un truc. Tout le monde s’agite. Les locaux se précipitent vers l’allée et disposent leurs sacs sur le sol et retournent à leur place. Et l’attente recommence. Puis, un gars de la sécurité arrive avec un chien et lui fait renifler tous les sacs. Un peu de sécurité ne fait jamais de mal.

Baraquement flottant

Enfin, l’embarquement débute. Nous nous dirigeons vers le quai et découvrons notre navire pour la nuit. Et tout de suite quelque chose m’interpelle. Une quantité astronomique de marchandises est entreposée sur le quai. Une question me hante. Faut-il charger tout cela sur le bateau ? Où cette marchandise vient d’être décharger (ce qui expliquerait le retard de l ’embarquement) ?

Passagers et marchandises

Nous montons à bord du bateau et je prends place dans mes quartiers. Enfin, je veux dire, c’est classe économique pour tout le monde. Et on sait tout de suite qu’on n’a pas été surclassé en classe affaire. Des rangées de lits superposés riquiquis. Un vrai baraquement militaire. Dix-sept heures là-dedans, cela va être fun…

Mon lit pour la nuit

Ferry en mode cargo

En attendant, le départ, je flâne un peu. Je regarde innocemment ce qui se passe sur le quai. Et là, je vois des individus s’afférer autour des marchandises. Il semblerait bien que ces gars tentent de monter ces marchandises à bord. Là, je comprends vite que cela va poser un énorme problème de timing. S’il faut charger tout cela sur le bateau, on est mal. Très mal. Cela va prendre des heures.

Il y a de tout sur le quai. Des sacs énormes, que j’imagine être du riz bien sûr. Des sacs aussi gros, je ne vois pas ce que cela pourrait être autre que du riz. Des bidons, des caisses, des cartons. Un joli bazar.

Alors ça s’agite en bas. Au rythme asiatique bien sûr. Avec une organisation pas forcément très optimale. Comme si c’était la première fois qu’ils chargeaient un bateau.

Chargement et déchargement toujours pas fini

Je remarque qu’à l’arrière du bateau, on décharge des trucs aussi. Avec la grue. Des fenwicks viennent récupérer les marchandises sur le quai. Les chauffeurs semblent un peu novices dans leur manoeuvre. Ce n’est pas rapide cette affaire.

Et de mon côté, ils se mettent à décharger des caisses de bouteilles. Ils font glisser les caisses sur un rail posé sur la passerelle. Cela fait un bruit d’enfer. Cela dure au moins trente minutes.

Bref, c’est un peu chaotique tout cela. Et moi, je me dis qu’on est pas parti. Cela fait une heure et demi que nous avons embarqué et pas de signe flagrant de progrès. Je décide de m’enquérir auprès du personnel de bord de la situation. Le gars m’explique le plus naturellement possible que cela va prendre encore deux à trois heures.

D’un coup, je déchante.

Une zénitude bien fragile

J’en ai eu des heures d’attentes. J’en ai vu des organisations incompréhensibles. J’en ai fait des trajets interminables. J’ai été patient. Je m’en suis amusé. J’ai développé une zénitude à toute épreuve. Mais là, j’avoue, je sens la carapace se fissurer. A deux doigts de craquer. Je dois vraiment me concentrer pour demeurer calme. Je me raisonne et me dis qu’il n’y a pas grand chose à faire.

Mais surtout, ce qui me mine le moral le plus, c’est qu’à un moment, j’ai un gros doute. Avec tout ce retard (et je ne sais toujours pas quand cela va finir), aurais-je le temps d’avoir mon avion à Manille. Il est déjà vingt deux heures. Et si je fais le calcul, cela nous ferait arriver vers quinze heures. Sachant, qu’il m’est déjà arrivé de prendre deux heures pour traverser Manille, cela ferait arriver à dix sept heures à l’aéroport. Ma marge de manoeuvre fond comme neige au soleil. Si cette masquerade dure encore longtemps, ce n’est pas gagné.

Et franchement, louper un avion alors que j’avais huit heures de mou, non là, cela ne m’amuserait pas trop.

Ce qui m’inquiète aussi, c’est de voir les voyageurs locaux eux-même interloqués par ce qui se passe sur le quai. Comme moi, ils regardent ce capharnaüm se dérouler sous leur yeux avec un air amusé. Et croyez moi, quand même les locaux commencent à être surpris par tant de retard, cela n’est vraiment pas bon signe.

Même les locaux sont interloqués…

Alors je fais ce que je fais toujours dans ces cas là. J’écoute de la musique. Je m’allonge sur ma couchette, enfin je me recroqueville plutôt. J’ai mes deux téléphones chargés à bloc.Une batterie externe. Je suis prêt à affronter des heures d’attente aux doux sons de ma musique.

Larguer les amarres

Vers vingt trois trente heures l’improbable se produit. Le bateau se met à bouger, il s’éloigne du quai. Alleluia !

Cinq heures d’attente sur ce bateau.

C’est l’heure du dîner. Il y a le repas et petit déjeuner inclus dans le tarif. Bien sûr, il y a du riz au menu. Tout le monde arrive en même pour se sustenter. Une file d’attente impressionnante se forme. Je suis zen mais encore fragile. Faire la queue pour manger du riz. Non, ce n’est pas possible pour moi là. Je passe mon tour.

Rationnement à bord

Je dors plutôt pas mal pendant la nuit. Par intermittence mais globalement ça va. Il ne fait pas froid sur la bateau. Il ne bouge pas trop. Les conditions sont assez bonnes.

Bien évidemment, nous sommes réveillés de bonne heure par le lever du soleil. Six heures du matin. Encore neuf heures de traversée…

Le temps distordu

Et là se passe quelque chose d’assez étrange. La notion de temps  a pris une autre dimension. Neuf heures c’est long. Surtout allongé sur un minuscule lit à ne rien faire. Mais les heures se sont étrennées l’air de rien. Je ne pourrais dire que cela a été long ou que c’est passé vite. Le temps a juste passé.

Comme si le temps n’avait plus d’importance. Comme si ces neuf heures ont juste été un simple instant au coeur mon périple. Une seconde à l’échelle de ces dix mois.

Welcome to Manilla

L’inespéré se produit enfin. Manille se dessine au loin. Autant dire, un certain soulagement m’envahit. Le bateau est remorqué jusqu’au port et le capitaine nous gratifie d’un créneau majestueux.  Nous débarquons en plein port de marchandises. Nous marchons au milieu des camions, grues et autres fenwicks.

Débarquement dans les marchandises

Un taxi tente de me racketter. Je rigole bien fort et continue ma marche. Je trouve un chauffeur qui veut bien mettre son compteur.  En route vers l’aéroport. La circulation est fluide. Je me détend. J’arrive à l’aéroport à seize heures.

Vingt quatre heures de voyage… Pas mal.

Record absolu. Pour mon dernier jour, je n’en demandais pas tant. Merci les Philippines !

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1 commentaire

  • Répondre
    Nora
    6 juin 2018 à 11:21

    Top ! 🙂 tu te souviens combien tu as payé pour ce trip ?

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