Birmanie

J-257 C’est parti mon kiki

Encore un incontournable en Birmanie. Le trek Kalaw/Inle Lake. Trois jours, deux nuits au coeur de la nature birmane.

Very VIP

En Asie du Sud-Est, VIP ne veut pas dire grand chose. Lors de l’achat d’un billet de bus, la catégorie VIP ne garantit en rien un niveau de service de ce que nous attendons en tant qu’européens habitués à notre confort matériel quotidien. Les deux certitudes en achetant un billet VIP. Le prix est plus cher qu’un billet standard et le confort sera supérieur à la classe économie. Maintenant à savoir à quoi ressemble la classe économie, c’est une autre histoire.

J’ai vu des bus avec affiché en gros au dessus du pare-brise les lettres dorées VIP. C’était bien le seul indice qui pourrait  vous indiquer qu’il s’agissait d’un bus VIP. Pour le reste, personne n’aurait pu le deviner.

Alors quand je réserve les billets pour le bus de nuit qui nous emmènera de Mandalay à Kalaw, j’opte bien sur non seulement pour la classe VIP mais aussi pour la classe VIP la plus chère. Histoire de mettre toutes les chances de notre côté. Mais j’explique bien à mes amis que cela ne garantit en rien du confort que la compagnie offrira.

Une fois arrivé à la station de bus, enfin au terrain vague aménagé en vaste parking où une multitude de bus s’entasse dans une sorte de chaos organisé, et que je découvre notre bus. Mes bras m’en tombent. En neuf mois de voyage je n’ai jamais vu un bus VIP comme ça. Non mais franchement, c’est quoi ce bordel ?

Bus Very VIP

Le véhicule est flambant neuf, on peut voir son reflet dans la carrosserie. A l’intérieur les sièges sont inclinables, un écran TV dans le siège, une prise électrique pour recharger son. téléphone. Non mais je rêve ou quoi ? J’insiste bien auprès de ses amis pour leur faire comprendre qu’ils ont une chance de batard. Après ils vont croire que j’ai voyagé dans ce luxe indécent pendant des mois. Non, j’ai vraiment bourlingué !

Il y a même un hôtesse qui vous place, vous apporte une collation et un morceau de gâteau. Pendant le trajet, avant les arrêts, une lumière bleu tamisée réveille en douceur les passagers. Ambiance boite de nuit. Je reste sans voix. Ils sont fort ces birmans.

Froid de canard

Le trajet se passe sans encombre. Je dors pas trop mal. C’est l’arrivée à Kalaw qui s’avère difficile. En sortant du bus, pourtant climatisé, un froid sibérien me saisi. Bien sûr, j’ai voyagé en tongs et en short. Je savais que la ville était en altitude mais je ne m’attendais pas un tel froid. Bon, c’est vrai, il est quatre heure du matin. Il doit faire quinze degrés.  Je regarde mes amis. Ils ont l’air ok. C’est presque la canicule pour eux.

J’accélère le pas vers la guesthouse, je ne veux pas attraper des engelures aux orteils. A peine, au seuil du portail, le propriétaire descend nous ouvrir. Notre chambre est disponible. Il fait toujours aussi froid. Je frissonne de tout mon corps. Je me couche et pour la première de mon voyage j’utilise les couvertures à ma disposition. Je dois même me recouvrir de deux couvertures  pour tenter de me réchauffer. J’ai l’impression de faire étape dans un gîte de montagne.

Le speech d’Uncle Sam

Le matin, après avoir survécu au froid glacial de la nuit, nous partons nous occuper de la réservation du trek. Nous allons voir une des agences les plus réputées : Uncle Sam. Alors c’est vrai, que nous sommes reçu, les explications sont détaillées et claires. Ce qui est souvent un signe de sérieux. Une immense et vieille carte de la. région est affichée sur le mur. Le briefing du trek se fait sur cette carte. Je me vois en train de crapahuter dans les hauteurs. Tout cela nous parait bien, pas besoin d’aller prospecter ailleurs. C’est où qu’on signe ?

Le lendemain matin, le rendez-vous est à huit heures. Dans l’équipe ça grince un peu des dents, tout le monde n’est pas du matin comme moi. Devant l’agence, nous avons alors l’immense honneur de voir Uncle Sam qui vient nous saluer et nous livrer un discours. Il nous présente notre guide. Tout frais, tout jeune. Il s’appelle Kham et il a l’air bien sympathique.

Il nous souhaite un excellent trek et nous délivre quelques bonnes paroles de sagesse. N’hésitez à poser toutes les questions que vous voulez à votre guide et surtout profitez de ces instants, faites le plein de souvenirs, vous avez payé beaucoup d’argent pour faire ce trek (c’est pas faux), alors savourez chaque instant qui se présente à vous, pour faire de ce trek une expérience unique, pour faire le plein de souvenirs. Je suis presque ému. Mon pote un peu moins. Il  voit en ce vieux sage un manipulateur mercantile.

C’est parti mon kiki

Mais allez c’est parti pour trois jours de marche et deux nuits chez l’habitant.

Kham, notre guide, parle très bien l’anglais. C’est cool. Nous allons pouvoir discuter avec lui pendant ces longues journées. Après quelques minutes à s’éloigner de la ville nous bifurquons sur un sentier. Adieu bitume. Les choses sérieuses commencent.

Quelques champs

Comme prévu la marche est facile. Nous traversons des champs. Plusieurs cultures se côtoient. Fraises, riz et ail. Très vite, nous atteignons un lac agrémenté d’un réservoir pour irriguer les terres. Ensuite nous rejoignons une sorte de route qui coupe la forêt.

Il faut débroussailler

A la fin du chemin, nous débouchons sur un paysage vallonné et aride. Des plantations de thé sur le versant septentrional. Et surtout, nous découvrons une technique particulière pour défricher les terres. Les birmans mettent le feu et attendent que la parcelle soit cramée. Alors, certes, c’est une ancienne technique qui était aussi utilisée dans nos contrées, mais nous demeurons un impressionnés par le risque engendré par cette méthode. Il fait extrêmement chaud, tout est très sec. Une simple étincelle et toutes les plantations se transforment en brasier. Mais notre guide nous rassure en affirmant que les locaux maîtrisent le sujet. Sans doute mais quand même, il y a bien des fois où cette affaire doit déraper.

Il faut débroussailler

La vie du rail

C’est l’heure de la pause déjeuner. Un moment que j’apprécie toujours, même s’il est fort probable que du riz soit au menu. Nous nous arrêtons dans un restaurant surplombant la vallée. La vue est magnifique. C’est un peu l’arrêt à touristes ici. Plusieurs groupes de randonneurs sont présents. Mais c’est la basse saison, alors cela reste gérable.

Pour la seconde partie de la journée, le passage le plus amusant est la section de voie ferrée que nous empruntons. Nous marchons directement sur les rails. Alors ce n’est pas forcément pratique. Mais moi je trouve ça fun. En plus, cela me rappelle le Sri Lanka. Bon, pas trop de risque de se faire écraser. Deux trains par jour seulement.

Nous arrivons à la gare à pied, c’est toujours classe je trouve.

Train en approche

Nous bifurquons pour retrouver des sentiers digne d’une randonnée. Traversé de rizière. Un paysan lave ses buffles dans l’eau boueuse. Une petite montée pour atteindre le village où nous dormirons cette nuit. Nous avions beau nous en douter mais nous constatons très vite que le confort sera spartiate.

La cabane au fond du jardin

Dans la chambre trois matelas à même le sol. Salle de bain et toilettes dehors. Pour se laver, une grand bassine d’eau à quelques mètres de la maison, entourée de tôles pour un semblant d’intimité.

Donc, autant vous dire, malgré ma désormais grande expérience d’aventurier, je me passerai de douche pour ce soir. J’aviserai demain matin. Les deux vacanciers qui m’accompagnent partagent ma fine analyse de la situation.

Les toilettes, c’est littéralement la cabane au fond du jardin. L’accès y est périlleux. Faudra éviter d’avoir une grosse envie en pleine nuit.

Au grand dam de mon pote, qui râle pour l’occasion. Uncle Sam en prend pour son grade.

Alors dans tous ces treks, quand on vous dit que vous logez chez l’habitant, c’est effectivement le cas. Mais l’habitant on ne le voit pas vraiment. La famille qui occupe la maison se fait discret. C’est clairement une source de revenu pour eux mais plus d’interactivité serait sympa.

Confort zéro épis

C’est Kham notre guide qui prépare le repas. C’est copieux et délicieux. Nous lui proposons de dîner avec nous car habituellement les guides mangent de leur côté. Il accepte avec plaisir.

Après le repas, pas grand chose à faire. Il fait nuit. Pas de télé, pas d’Internet. Quand je vous disais que les conditions étaient spartiates. Alors nous nous couchons. Il fait un peu froid, j’avoue. De nouveau, les couvertures ne sont pas du luxe. Etrangement, bien que la randonnée était plutôt aisée, nous parvenons à nous endormir rapidement. Il est 21 heures…

La vie locale, très locale

Du coup, le lendemain matin nous sommes  au taquet. Réveil à 6h30. Le petit-déjeuner préparé par Kham arrive de suite. C’est de nouveau copieux et bon. Un petit tour par la salle de bain pour se brosser les dents (ça c’est possible) et hop nous voilà prêt à repartir.

Bon, pour une reprise à la fraîche, cela grimpe un peu mais on fait aller. Nous croisons une famille de buffles pas très avenante. En surplomb du vallon que nous traversons, les paysages sont toujours magnifiques même s’ils sont très similaires à ceux de la veille. Aride, cette terre couleur brique, très typique. nous empruntons larges sentiers , traversons des champs où des femmes travaillent.

Le midi pause dans une village. Des gamins s’amusent. Nous les prenons en photo et leur montrons l’image. Ils rigolent.

De nouveau, nous réalisons à quel point les conditions de vie dans ces villages sont rudimentaires. Naître ici, n’est pas une sinécure. Malgré tout, ces gens semblent heureux. Mais est-ce vraiment le cas ?

Terre aride

La marche de l’après-midi se déroule tranquillement et nous emmène sans encombre au village où nous passerons la nuit.

Niveau nombre d’épis du gîte, nous sommes dans la même catégorie que la veille. A la grande joie de mon ami qui commence à rêver de baignoire et d’eau chaude.

La surprise du chef

Non la grande surprise de cette étape, sera le repas. Peu surprenant avec moi. J’ai failli m’évanouir quand j’ai vu que Kham apportait à table une assiette de frites. Au début, je n’y croyais pas. Je pensais mais quel est donc c’est étrange légume  local. Des frites ici, en plein trek. C’est bien la dernière chose à laquelle je m’attendais.

Mais surtout, tenez-vous bien, ce sont les meilleures frites que j’ai mangées au cours de mon voyage. J’adore ces petits instants qui deviennent un grand moment. J’ai dû remercier dix fois Kham pour ses talents de cuisinier. Par bonté ou par pitié, mes compagnons m’ont laissé manger les trois-quart des frites.

De nouveau couchés de bonne heure. De nouveau frisquet. Et de nouveau levés tôt.

Last but not least

Pour cette dernière journée, il est seulement prévu trois heures  marche. Après nous devons prendre un bateau pour atteindre Inle Lake.

Mais bon, nous sentons un peu la fatigue. Plus morale que physique d’ailleurs. Le paysage ne varie beaucoup, donc il y a moins d’émerveillement dans nos yeux de touriste. Une lassitude s’installe. La motivation flanche.

Là on se dit que le trek de deux jours, une nuit aurait suffit. Mais pour cela il aurait fallu prendre le train (celui qui roule sur les rails) et non pas marcher sur les rails.

Un peu de relief

Nous redescendons en altitude. La chaleur commence à se faire sentir de nouveau. La dernière section est légèrement escarpé. Nous tentons d’apercevoir lac au loin. Mais rien. Cela nous inquiète un peu. Kham tente de nous rassurer en nous indiquant le temps de marche restant.

Nous atteignons enfin la vallée. Et nous nous arrêtons^tns aussitôt dans un restaurant pour le déjeuner.

En route vers Inle Lake

Après ce repos bien mérité, nous embarquons sur un modeste bateau. Nous quittons Kham ici. Il va nous manquer, ce type est vraiment très sympa.

Et nous voilà, en train de nous frayer un chemin à travers une sorte de marécage. La navigation n’est pas aisé. Notre boatman s’en sort bien. Des maisons sur pilotis se dressent ici et là.

En route vers Inle Lake

Et enfin, nous débouchons sur le lac Inle. Immense. Une heure de croisière pour arriver à notre destination finale. Nous profitons de ce moment d’inactivité pour contempler le paysage et se détendre.

Le trek est fini. Mes amis ont survécus. Ils ont enfin compris à quoi je me suis frotté pendant ses huit mois de périple.

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1 commentaire

  • Répondre
    Pap et Mam
    4 mai 2018 à 4:35

    J’ai beaucoup aimé la phrase « tout le monde n’est pas du matin comme moi »

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