Cambodge

J-221 Plus zen que moi, tu meures !

Le passage de la frontière Cambodge-Thaïlande n’avait rien de bien intrépide en soi. Mais c’était sans compter sur l’immense talent déployé par tous les protagonistes de cette affaire.

Alors c’est bien simple, à chaque étape, le temps d’attente a été interminable. Faisant de ce passage de frontière, le plus long et le plus pénible de mon voyage.

Mais c’était sans compter sur la nouvelle force zen qui réside en moi.

On the road again

Il est vrai qu’après un mois de pause (enfin je n’ai pas totalement glandé, j’ai bossé dans un bar et fait du bénévolat dans une école), je me doutais que le retour à la vie en mode routard nécessiterait quelques ajustements. Ce mois de sédentarité retrouvée à Siem Reap m’avait fait prendre de mauvaises habitudes. Le confort d’un bon hôtel (imaginez, un réfrigérateur avec un compartiment glaçon, idéal pour le Ricard !), douche avec eau chaude, piscine, une routine simple et bien huilée. Bref, l’antithèse du backpacking.

Néanmoins, je suis content de repartir sur la route, revigoré par cette parenthèse enchantée. Fin prêt pour la seconde partie de mon périple.

Ma destination est Koh Chang, une île du golfe de Thaïlande. Dix de heures de route à partir de Siem Reap. Un gros morceau donc. Mais rien que je n’ai pas encore fait et surtout rien qui ne m’inquiète spécialement. J’aborde ce trajet très serein.

Le parcours se découpe en trois parties, en passant par Poipet, la ville frontalière : Siem Reap-Poipet en bus, Poipet-Trat en van et Trat-Koh Chang en bateau.

Le tuk-tuk a eu une panne de réveil

Tout débute par le chauffeur de tuk-tuk qui devait passer me prendre à mon hôtel pour m’emmener à la station de bus. Il est arrivé avec plus d’une heure de retard. Il a fallu l’appeler trois fois au téléphone.

Bon je ne m’inquiète pas trop. Une chose que j’ai apprise en Asie du Sud-Est, c’est qu’il y a toujours une solution. Soit le bus m’attendra, soit on me mettre dans un autre bus allant dans le même direction.

Le tuk-tuk arrive enfin et nous voilà parti. Après quelques minutes il me dépose à ce que je pense être le bureau de la compagnie de bus. Mais je constate rapidement qu’il s’agit en fait d’une auberge de jeunesse. Trois autres passagers attendent également.

Après quelques minutes de confusion sur qui va où (on nous demande quatre fois de vérifier nos billets), on nous fait signe d’embarquer dans une voiture.

Une voiture ? Tiens donc. Original pour aller à la station de bus. Mais bon, le double transfert (hôtel-agence-bus), ce n’est pas la première fois. Mais une voiture pour faire ce court trajet, grande nouveauté.

Quelque chose cloche

Après dix minutes de route, la direction que prend le chauffeur me semble louche. Ce n’est certainement pas la direction d’une station de bus, quelque soit. On commence à s’éloigner un peu trop du centre de Siem Reap.

Quand la voiture s’embarque sur une 2×2 voies qui file vers l’horizon, je comprends alors que quelque chose cloche. Nous n’allons pas prendre de bus. C’est en fait cette voiture qui va nous emmener à la frontière.

J’aurais du m’en douter. Des signes avant-coureur s’était présenté à moi. Quand nous sommes monter dans la voiture, la femme à tout de suite demander au chauffeur si elle pouvait se mettre devant. Une fois tous assis, l’un de mes voisins s’est immédiatement installé en position siesta. Et l’autre a aussitôt enfilé son casque audio pour écouter de la musique. Visiblement, ils savaient.

Bon, vous allez me dire, une voiture à la place d’un bus c’est quand une belle affaire, non ? C’est pas faux. A un léger détail près. Je me suis en fait retrouvé assis derrière au milieu de la  banquette. La pire place qui soit dans une voiture.

Je tente de rester zen, de ne pas foutre en l’air toute l’expérience acquise depuis des mois, en terme de contrôle de soi. Un peu contrarié certe, mais je reste calme et serein. J’essaie juste d’évaluer le temps de route à faire dans cette position précaire.

En tout cas, clairement, il s’agit d’un solution de secours mis en place par la compagnie. Nous avons loupé le bus, ils ont réagis. Comme je vous le disais, il y a toujours une solution !

Welcome to Poipet

Le chauffeur nous dépose à Poipet, la ville frontalière. Direction une petite bicoque pour se faire tamponner le passeport. Pas grand monde. Cela va aller vite. Bon, j’ai oublié de remplir ma fiche de départ. Ce bout de papier qui traîne dans votre passeport pendant tout le séjour. Ce bout de papier dont vous ne savez pas trop bien ce qu’ils vont en faire. Ce bout de papier, petit frère de la fiche d’arrivée, que vous avez remplie et donnée il y a deux mois à l’autre bout du pays. J’imagine une magnifique procédure bureaucratique pour tenter de gérer les informations vitales contenues dans ces deux fiches.

Bref, je remplie ma fiche à la vitesse de l’éclair. Si quelqu’un parvient à me relire, je lui tire ma révérence. Malgré ce léger contre-temps, tout cela est bouclé en quelques minutes.

Ensuite, il faut traverser la frontière proprement dite. Et là, cela se fait avec nos petits pieds. Il faut suivre un chemin plus ou moins balisé. C’est un peu le capharnaüm. On passe à travers une sorte de marché improvisé au milieu du no man’s land.

C’est très brouillon, très chaotique. Very Southeast Asia !

Un coupe-file pour la Thaïlande ?

Me voici en Thaïlande. Pour la seconde fois de mon voyage. Je n’oublie pas de remplir ma fiche d’arrivée. Je monte les escaliers, ouvre la porte donnant sur la salle de contrôle de la frontière. Et là, c’est le choc ! Je découvre une file d’attente digne d’une attraction à Disneyland.

Je marque un temps d’arrêt. J’aperçois le panneau, « à partir d’ici quarante minutes d’attente« .

Deuxième épreuve de la journée. Quelqu’un a vraiment envie de tester mon niveau de zénitude. Mais je ne faiblis pas. Je m’insère dans la file sans râler. Je mets mes écouteurs et distille un peu de bonheur musical dans mes oreilles.

A la vitesse à laquelle la file avance, je mise plutôt sur au moins une heure d’attente. Il faut dire qu’il y a seulement quatre agents sur douze guichets disponibles. On se croirait à l’aéroport Charles de Gaulle à Paris. Jamais trop d’agents en poste quand plusieurs avions débarquent. On ne sait jamais. Faudrait pas être pris en flagrant délit de zèle.

C’est long et chiant. Mais je reste zen.

Arrive enfin mon tour. Cela prend deux minutes. Une petite photo , des tampons un peu partout. Et hop, je foule le sol thaïlandais en règle.

La valse des stickers

Une fois dehors, je dois trouver le bus qui m’emmènera à Trat. Avant de passer la frontière, on nous a collé un sticker de couleur avec des initiales dessus, selon notre destination.

Les touristes se regroupent le long d’un trottoir. Des représentants de diverses  agences de voyages, nous expliquent un peu comment la suite des événements va se dérouler. En gros, il va falloir attendre.

Attendre, qu’il y ait assez de monde pour remplir un van. Parce qu’il y a les touristes qui vont à Bangkok, ceux qui passeront la nuit à Trat, et les autres, comme moi, qui vont à Koh Chang.

Chacun avec son sticker, rouge ou blanc, avec un gribouilli inscrit dessus.

Combien de temps à attendre ? Bah ça, on ne sait pas trop bien nous dire. Je ne sais pas pourquoi, je sens que ça va être long. Je m’assois donc par terre, remets mes écouteurs et patiente tranquillement.

Les stickers rouge pour Bangkok partent en premier. Suivi par les stikers blanc, toujours pour Bangkok. Départ pour Koh Chang ! Ah oui, c’est moi ça. Ah non, sticker blanc seulement. Zen…

Puis enfin, vient notre tour. L’équipe Koh Chang, sticker rouge. Deux heures trente d’attente.

On va tous rentrer la dedans ?

Comme toujours, la petite angoisse de savoir si tous les passagers et les bagages vont tenir dans un si petit van. Mais oui ça va tenir. Je reconnais les bleus de suite. Cela ne fait pas  longtemps qu’ils voyagent en Asie du Sud-Est eux.

Allez encore un peu de musique dans les écoutilles. Je parviens à dormir. Car, quand même, en principe, c’est ma spécialité de pioncer à fond quand je transite. Du coup, cette partie du trajet passe assez vite.

Nous voilà à Trat, à l’embarcadère. Nous prenons un ferry en fait et non pas un simple bateau. Ce qui veut dire que le van va embarquer sur le bateau. Cela à peut-être l’air d’un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Cela veut dire qu’on reste dans le van et qu’il va nous déposer après directement à nos hôtels respectifs. Pas besoin, de dénicher un autre moyen de transport sur l’île. Et ça, c’est du temps de gagner.

Le dernier ferry

Et ça tombe bien, que l’on en gagne du temps quand on sera arrivé à Koh Chang. Car là, à Trat, c’est plutôt l’inverse. Nous avons loupé le ferry de dix-huit heures d’un petit quart d’heure. Le prochain et dernier part à dix-neuf heures.

Bien évidemment cela sera un peu plus long que prévu. Nous embarquons vers dix-neuf heures vingt. Le ferry larguera les amarres vingt minutes plus tard.

Mais je m’en fous, je suis zen.

L’heure des comptes

Quarante minutes et quelques somnolences plus tard, nous débarquons enfin sur Koh Chang. J’avoue, savourer particulièrement la sortie du ferry, confortablement installé dans le van, qui se lance immédiatement sur la route en direction des hôtels. Cette petite pointe d’efficacité est assez jouissive.

Au bout de vingt minutes, le chauffeur me dépose. Quand j’aperçois l’enseigne de mon hôtel, mon coeur se serre un peu.

Six heures d’attente pour huit heures de trajet effectif. Un bien beau ratio. Ou, en langage moins châtié, une bien belle journée de merde.

La reprise de mon périple a été rude. Mais cela m’a permis de me rendre compte de ma maîtrise hors norme du zen. Je m’épate moi-même.

 

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4 Commentaires

  • Répondre
    Bea
    4 mars 2018 à 4:41

    Et comme on le dit si bien chez nous, à Paris, bonne reprise 😀

  • Répondre
    Pap et Mam
    7 mars 2018 à 2:44

    Tu es content de ta « zen-attitude » alors bravo.
    Continue

  • Répondre
    Lunie
    25 mars 2018 à 4:24

    Haha, on sent l’habitude =P
    J’en prend de la graine pour mes prochains voyages !

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