Cambodge

J-220 Retour à l’école : bénévole à Siem Reap

White Sand Beach, île de Koh Chang, Thaïlande. Je scrute la mer calme et vide de baigneurs. Confortablement installé sur une chaise longue posée sur le sable, je fixe l’horizon paradisiaque. Des pensées mélancoliques virevoltent dans ma tête.

La veille, je quittais Siem Reap, après y avoir passé un mois. Un mois, pendant lequel, chaque soir, je me rendais dans une école, pour y donner des cours d’anglais, en tant que bénévole.

Une expérience qui a gentiment bousculé mes certitudes.

Une leçon de vie

L’école a été créée par Kim Lean. Un type formidable. L’homme le plus généreux que je connaisse. Son histoire personnelle est une leçon de courage et d’humilité.

Issu d’une famille de fermiers, Kim décide à l’âge de treize ans de fuir son village natal pour tenter sa chance à Siem Reap. Il mettra trois jours à rejoindre la ville à pied. Après deux nuits à dormir dehors, il est recueilli par un moine dans un monastère bouddhiste. Il y restera trois ans et en profitera pour apprendre l’anglais. En quittant le temple, il déniche un boulot dans un restaurant. Quand il touche sa première paye, il en envoie la moitié à ses parents. Ce sont les premières nouvelle qu’il reçoivent de lui en trois ans.

Il économise assez pour s’acheter un scooter et devenir taxi. En économisant encore plus, au bout de deux ans, il parvient à acquérir un tuk-tuk. Il emmène maintenant les touristes visiter le site d’Angkor.

Une école gratuite pour apprendre l’anglais

Kim a décidé d’ouvrir une école gratuite pour les enfants issues de familles pauvres du village Phum Phneay Chey. L’école fournit aujourd’hui des cours d’anglais à soixante cinq élèves. Pour ces gamins issus de famille pauvre, avoir accès à l’apprentissage de l’anglais représente une opportunité unique de s’extirper de leur condition.

Le fonctionnement de l’école est entièrement financé par les revenus de Kim et des quelques dons octroyés par les touristes. Les moyens sont donc spartiates. Kim loue une maison dont trois pièces servent de classes. Quelques tables et bancs. Pour la classe des petits, juste des bancs qui servent de tables. Pas de chaises, les enfants s’assoient par terre.

Repas offert aux enfants tous les vendredi

Quand je débarque avec mes quatre semaines de disponibilité, je suis reçu à bras ouverts. D’habitude, les touristes amenés par Kim, participent une ou deux fois à la vie de l’école. Alors là, un mois, c’est inespéré.

Utile or not utile, that is the question

Je m’improvise prof. J’essaie de faire au mieux. Je demande conseille aux autres enseignants. Ils me fournissent des plans de cours et des livres pour travailler.

Je me prends au jeu. Je fais des recherches sur Internet. J’introduis quelques activités ludiques pour varier le contenu des cours. Je découvre des méthodes d’apprentissage que j’essaie de mettre en place.

J’identifie les différents niveaux des élèves. Je repère vite les caractères. Je mémorise les prénoms.

En quelques jours, je me sens à l’aise dans ce nouvel environnement. Les visages familiers. Le sourire des gamins quand ils me voient arriver.

Alors choisissez la charité et guérissez seulement le mal de chaque jour, non la révolution qui veut guérir tous les maux, présents et à venir.

Les Justes, Albert Camus

Je ne sais pas trop si ma présence à vraiment fait une différence. Vous imaginez un français enseignant l’anglais à des enfants cambodgiens. Bonjour l’accent des élèves au final.

J’ai au moins soulagé la charge de travail des deux professeurs qui travaillent ici. Et je me dis que c’est toujours mieux que rien.

Teacher faisant de son mieux !

Le rituel “Hello teacher, Goodbye teacher”

La discipline ici ça ne rigole pas. Lorsque l’enseignant pénètre dans la salle de cours, les élèvent se lèvent et l’accueillent en choeur. “Hello teacher, how are you today ?”

La première fois que j’ai entendu ça, j’ai été bien surpris. C’est l’armée ici ou quoi ? Mais en fait, on s’habitue très vite !

Les élèves doivent demander la permission avant de quitter la classe pour aller boire un coup ou aller aux toilettes. En revenant, ils doivent demander la permission de retourner à leur place.  

À la fin du cours, un rituel similaire se déroule. Les enfants s’alignent en deux rangées par ordre de taille croissante et disent au revoir au professeur. De nouveau tous en choeur. “Goodbye teacher, have a goodnight, good luck to you, see you tomorrow.”

Et ensuite un par un, c’est la succession de high five. Ils ont tous le sourire aux lèvres. Et dans leur regard, je perçois un amusement certain mélangé à une dose de respect.

C’est l’instant du cours que je préfère. Juste magique.

Le dernier soir

Alors en ce dernier soir, à la fin du cours, au moment du traditionnel “Goodbye teacher”, je n’en ramène pas large. Les high five claquent. Les élèves s’éloignent un par un. La classe se vide. J’essuie le tableau blanc une dernière fois et quitte la salle.

J’enfourche mon vélo de fortune, loué 1 dollar à la guesthouse. J’emprunte le chemin poussiéreux et cahoteux. L’esprit vagabondant, les yeux humides, je roule dans la pénombre à la lueur de ma lampe frontale.

Kim me remettant mon certificat !

What’s next ?

Tous ces instants uniques se bousculent dans ma tête. Je réalise qu’un épisode particulier vient de se terminer. Mais je refuse de croire que cela restera juste, une simple anecdote à raconter à mon retour. Non, cela ne peut pas s’arrêter là. Il doit y avoir moyen de faire plus pour Kim et les enfants. Mais quoi ? Pour le moment, je n’en sais rien…

Alors, sur ma chaise longue, posée sur la plage de White Sand Beach, je médite.

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12 Commentaires

  • Répondre
    Sylvie
    25 février 2018 à 7:48

    Félicitations !!!
    Cela a l’air de t’avoir bien plu et tu as l’air de t’être éclaté
    C’est émouvant ! Bravo !

  • Répondre
    Dalaï lama
    26 février 2018 à 9:17

    Superbe expérience sur le don de soi au profit des autres…. parfois on ne soupçonne pas de quoi on est vraiment capable…..

    J’suis très heureux pour toi que tu aies pu faire ça pour eux !! 😊

  • Répondre
    Pap et Mam
    26 février 2018 à 2:54

    Bravo !
    Nous sommes fiers de toi.

  • Répondre
    isa
    28 février 2018 à 10:57

    c’est super !!
    bravo

  • Répondre
    3 mars 2018 à 8:35

    J’adore… c’est tellement super ! Pouvoir se rendre utile à l autre avec ses capacités que l’on sous estime … Je ne suis pas sur mon vélo mais les yeux sont humides! Sacrée émotion que tu as du vivre … que c’est bon de se sentir vibrer !

  • Répondre
    One Life
    3 mars 2018 à 9:11

    Encore un beau récit et une belle aventure que tu nous fais partager. On ressent à travers ce texte le bonheur qu’être « utile » peux procurer. Suis ta ligne de conduite et fais ce qu’il te semble bon au moment où tu en as envie…. je crois que c’est ca le bonheur, alors je te pense heureux là bas 🙏🏻

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