Cambodge

J-190 T’es Kep ou pas Kep ?

Quelques jours d’attente imposée par l’administration cambodgienne m’oblige à aller me la couler douce dans la station balnéaire de Kep.

En attendant mon visa

Dans une décision spontanée totalement inhabituelle, à l’aube de cette nouvelle année, je dépose fébrile mon passeport dans une agence de voyage pour l’extension d’un mois de mon visa cambodgien.

Cinq jours ouvrés de délai. C’est long. Mais il faut bien que la corruption cambodgienne fasse son boulot correctement et perçoive ses quelques dollars de pourboire imposé.

Si vous êtes réellement pressé, il y a le mode urgent. 24h chrono (ce qui est en fait le délai normal). Mais vous devez payer plus du double. Alors il faut vraiment être pressé. Moi, j’aime beaucoup le Cambodge mais je ne vois pas débourser plus de cent dollars pour y demeurer absolument un mois de plus en mode ma vie en dépend. Et s’il y a un bien un endroit où je ne suis pas pressé, c’est bien ici.

Bref, à ces cinq jours s’ajoutent le week-end qui se profile. Me voilà donc avec sept jours sur les bras. Cela tombe bien, j’avais besoin d’une petite pause. Alors avec ma comparse belge, nous décidons de descendre tranquillement vers la côte sud du Cambodge.

Ça dépote à Kampot

Sur la route de Kep, se trouve la ville de Kampot. Après le brouhaha de Phnom Penh, la plénitude de l’endroit contraste fortement. Peu de circulation. On peut traverser la rue sans regarder. Un vrai bonheur.

Bon à Kampot, il n’y a pas grand chose à faire. Mais l’ambiance tranquille de la ville se prête bien à la relaxation. Parfait. La seule curiosité aux alentours est la station d’altitude fantôme de Bokor perchée sur une colline à une trentaine de kilomètres de la ville. Fer de lance du tourisme lors de l’époque coloniale française, le pimpant casino attirant la foule bourgeoise de la capitale. A l’arrivée des Khmers Rouges au pouvoir, le lieu a été déserté et abandonné. Le casino, les résidences, bâtiments religieux trônent toujours au dessus de Kampot, laissés dans leur jus.

Nous partons donc en ballade pour découvrir l’ambiance particulière de cette ville fantôme.

Station fantôme, très fantôme

On enfourche un scooter. C’est ma comparse belge qui pilote. Elle maitrise ce genre d’engin. Pas moi. Alors je me laisse trimbaler sans problème. La route est sinueuse, un peu pentue. Il nous faut trois quart d’heure pour atteindre le sommet.

La visite commence. Nous découvrons des bâtiments parsemés avec parcimonie. Ils se comptent sur les doigts d’une main. On découvre la villégiature du roi, une église, une résidence.

Villégiature du roi – Bokor

Et puis, l’édifice emblématique du site, que nous attendions avec impatience : le casino. Notre surprise est de taille quand nous découvrons qu’il est en pleine rénovation. Un vrai chantier autour du bâtiment. Une armée d’ouvriers s’active sur la façade fraîchement polie.

Eglise catholique – Bokor

Grosse déception. Quel est donc cet étonnant concept de rénover une ville fantôme ? Same same but different.

En route pour Kep

Le lendemain direction Kep. Trajet de trente minutes. Une simple formalité pour un routard comme moi désormais aguerri. Bien sûr pour une tel distance nous héritons d’un van. Le problème des sacs à dos restent entier. Il faut tasser tout cela. Mais rien de ce que nous n’ayons pas encore vécu.

Néanmoins, même après six mois voyage, de nouvelles expériences ne sont jamais à exclure. Première surprise, notre chauffeur semble extrêmement pressé d’arriver à Kep. Il bourre comme un âne et manie le klaxon avec dextérité. Il dépasse tous véhicules susceptibles de ralentir sa progression avec une rudesse assez inhabituelle. Dans le van, tout le monde se regarde interloqué.

Surplus baggage

Et soudain, un vacarme retentit à l’arrière du van. Des passagers crient au chauffeur de s’arrêter. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je me retourne. Le coffre est ouvert et au loin deux sacs à dos gisent au milieu de la route.

Là, j’avoue, je dis chapeau bas. Celle-ci on ne me l’avait jamais faite. J’avais pensé plusieurs fois que ce genre de mésaventure pourrait arriver. Mais là, je ne l’ai pas vu venir. Surprise totale.

Bon là je rigole mais je faisais moins le fier car bien sur mon sac était dans le coffre. Et quand le chauffeur se met à reculer, je me rends compte qu’un des sacs arbore une jolie couverture anti-pluie bleue comme la mienne. Là mon sang ne fait qu’un tour. Toute la zénitude qui s’est emparé de moi ces derniers mois prend cher d’un coup. Je fais l’inventaire mental de mon sac en deux secondes. Et je pense immédiatement à mon PC portable. Et là je me dis, oh putain, lui aussi a dû prendre cher.

Aussi zen qu’un Bouddha sous Xanax.

Normalement, j’aurais pété un câble. Déversé sur le chauffeur un florilège de mots qui fleurent bon la rage irrationnelle. Je pense même que sa famille, son chien ou son chat en aurait pris pour leur grade. Même Bouddha aurait eu droit à une de mes flèches fielleuses.

Mais là, je ne dis rien. Je ne peux plus rien faire. Le sac a roulé-boulé sur le bitume. Et si mon ordinateur est pété. Bah il est pété. Je ne vais pas pouvoir le dé-péter.

Le plus admirable dans tout cela, c’est que ça n’a pas l’air d’émouvoir le moindre du monde le chauffeur. Son visage montre clairement qu’il n’en a rien à foutre.

Un des passagers ramène les sacs dans le coffre. Et je me rends compte que ce n’est pas le mien. Gros soulagement. Quelle idée saugrenue d’avoir exactement la même raincover que moi. La nana a qui appartient le sac est elle aussi très zen.

Un dernier tour de piste

Nous repartons de plus belle. Car ces quelques minutes d’interludes ont certainement contrarié le planning serré du chauffeur. C’est de nouveau la course sur la route.

Dix minutes plus tard, un bruit familier se fait entendre à l’arrière du van. Et bah oui, le coffre s’est ouvert de nouveau. Et les deux mêmes sacs se retrouvent parterre. Alors là, tout le monde commence un peu à s’exciter. Et explique au chauffeur qu’il faut mettre ces deux sacs devant afin de pouvoir fermer correctement le coffre. C’est fini les conneries.

Allez on repart encore une fois. Un peu fébrile. Les cinq minutes restantes du trajet se passent sans encombre.

L’art subtil de sélectionner un restaurant

Kep est une petite station balnéaire à trois heures de route de Phnom Penh, très prisée des cambodgiens. Qu’on se le dise tout de suite, la plage de Kep n’est pas paradisiaque, non. C’est la bouffe. Mais ça, je ne le savais pas en arrivant.

Une ribambelle de restaurants s’aligne le long de la mer. Difficile de choisir. D’autant, qu’ils proposent tous un peu près les mêmes plats. Notre critère de sélection est très simple. Celui qui propose la chope de bière Angkor la moins chère (c’est à dire ici à 0.75$) remporte la mise. Et oui, c’est cela de voyager avec une belge qui se désaltère uniquement à la bière.

Mais ce critère assez subjectif et complètement arbitraire a eu un résultat surprenant. Ce restaurant est devenu notre cantine pour la durée de notre court séjour.

Coucher de soleil depuis notre cantine

A la pêche au crabe

Le produit phare à Kep. C’est le crabe. Il y a un marché aux crabes quotidien. Les pêcheurs s’activent toutes la journée pour remonter des caisses entières de crustacés.

Apparement la pêche du crabe est extensive et mettrait en disparition l’espèce. Il est donc recommandé de porter ses choix culinaires sur d’autres espèces. Mais j’avoue, j’ai craqué. J’ai tout d’abord commencé par la spécialité du coin : le crabe au poivre de Kampot. Et bien c’est délicieux. Et bien servi. J’ai du passer trois quart d’heure à dépiauter les pauvres bêtes. Parce que bon, le crabe c’est bien beau, mais cela reste quand même l’un des plats les moins pratiques à manger.

Et puis surtout, j’aurais pu m’arrêter là pour préserver l’espèce de ces pauvres bêtes mais le lendemain, mon amie belge, qui sait désormais que la bouffe c’est important pour moi, me désigne sur le menu du restaurant un crab burger. Nom de Dieu ! Je ne l’avais pas vu celui là. Désolé petit crabe mais tu vas encore finir dans mon assiette.

Crab burger in crab city

Je vais être très clair sur cette affaire de crab burger. C’est l’un des meilleurs burger que j’ai jamais mangé de toute ma vie. Dans le top 5 c’est sûr (oui je fais des top 5 pour beaucoup de choses).

Alors moi quand c’est bon, j’y retourne. Le lendemain rebelote, crab burger.

Des carbos maison

L’autre étonnante surprise culinaire de ce séjour à Kep s’est déroulée à notre guesthouse. J’ai tenté un peu au hasard les spaghettis carbonara. Quelle merveille. Comme à la maison, vraiment. Les oignons quasi-caramélisés, un peu de crème pour lier le tout (oui je sais ce n’est pas la recette originale, c’est pour cela que j’ai dit comme à la maison). Bref, j’étais assez ému à la dégustation de ce plat.

Et moi quand c’est bon, j’y retourne. Le lendemain rebelote, spaghetti carbonara.

Alors oui, vous avez bien fait le compte. En deux jours, j’ai mangé deux crab burgers et deux spaghettis carbonara. Elle est pas belle la vie ?

 

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6 Commentaires

  • Répondre
    Pap et Mam
    2 février 2018 à 7:38

    Avec ta sérénité te voilà bientôt près pour affronter à nouveau
    la région parisienne.
    On a hâte de goûter à tes nouveaux plats.

  • Répondre
    Sprite vodka please
    5 février 2018 à 2:50

    Beau récit encore, je trouve juste que la compatriote belge te suit un peu trop….
    « Quand c’est bon on y retourne… 😂😂 »
    La bise le couz

  • Répondre
    18 février 2018 à 9:51

    J’adore lire les aventures de Xavier c’est devenu un rituel. Je prend ma dose de zen …

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