Laos

J-137 L’aventure presque parfaite du slow-boat vers Luang Prabang

La traversée terrestre de la frontière Thaïlande-Laos est l’un des moments que j’attendais avec impatience. L’expérience, paraît-il, est riche de difficultés. Avec la paisible et majestueuse remonté du Mékong jusqu’à Luang Prabang. Tout s’est très bien déroulé. Enfin presque…

Attention aux arnaques !

En préparant ce voyage (car oui, malgré mon approche « no plan is good plan » , j’ai fait un peu de recherche en amont), l’un des gros morceaux concernait le passage des frontières par voie terrestre. Comme j’évite de prendre trop l’avion, je vais donc me taper quelques postes frontières sur ma route.

Le premier est mon entrée au Laos par le Nord de la Thaïlande. Alors quand on parcourt les moult articles des baroudeurs ayant effectué ce voyage, cela semble compliqué, long et aléatoire.

L’un des points majeurs est que très souvent côté Laos, les douaniers tentent de soudoyer aux touristes quelques dollars pour leur rendre leur passeport tamponné. Il s’ensuit alors un jeu de poker. Soit vous cédez immédiatement sans discuter, soit vous ne voulez pas encourager la corruption et vous refuser de payer ses frais supplémentaires farfelus (les douaniers ont d’ailleurs plein d’idée pour justifier ces frais, si vous arrivez en fin d’après-midi ils appellent cela le “frais d’heure tardive”, si c’est un dimanche ça sera le “frais du dimanche”, bref la seule limite est leur imagination, un peu comme la SNCF pour justifier les retards des trains).

Donc, soit vous êtes prêt à attendre une ou deux heures et démontrer fièrement au policier ripou que vous avez tout votre temps. Et il finira par céder et vous rendre votre passeport en bonne et dû forme sans plus réclamer les dollars supplémentaires.

J’en étais là de ma préparation psychologique. Prêt à ne rien céder.  Après tout, un dollars, cela vous fait une bière bien fraîche pour votre soirée.

Bye bye Thaïlande

Mais avant d’atteindre le poste frontière, je dois quitter Chiang Rai, la dernière étape de mon périple thaïlandais. Départ à 7h00 du matin pour prendre un bus local en direction de Chiang Kong (bien que je sois devenu matinal, le bus de 6h00 demandait encore trop d’effort pour moi). Les deux heures de trajet se déroule sans problème. Il Il faut dire que les routes ici à côté l’Indonésie c’est du grand luxe. Ca roule pas mal. Le bus lui est vraiment local, que ce soit l’aménagement intérieur ou les passagers. Seul un groupe de six touristes. Que des français… Je m’attendais à voir plus de baroudeurs que cela.

Bus local vers la frontière

Nous voilà au poste frontière. Un petit coup de tampon de sortie, côté Thaïlande. On attend le bus pour traverser la frontière. Il faut franchir le Mékong par le Friendship Bridge construit dans les années 90. Et nous voilà en route, enjambant le fleuve mythique, frontière naturelle entre les deux pays.

Je me rends compte alors que c’est quelque chose que nous ne faisons plus vraiment. Traverser réellement. On prend l’avion. On se retrouve d’un aéroport à un autre. La concept de frontière n’est plus matérialisé que par ces longues files d’attentes à l’aéroport. Alors que la vraie frontière est bien loin derrière nous. Nous l’avons survolée à neuf mille mètres d’altitude sans nous en rendre compte.

Alors là, j’ai l’impression de remonter le temps. A enjamber une frontière authentique. Je la vois là sous le pont. Le Mékong. Je suis content. Ébahi comme un enfant qui aurait trouvé des bonbons.

Hello Laos !

Nous voilà donc côté Laos, où la partie la plus dure doit normalement se jouer. Et à ma grande surprise tout se passe comme sur des roulettes. Il n’y a pas trop de monde. Cela va assez vite. On remplit le formulaire d’arrivée. On le remet à l’officier avec le passeport, une photo d’identité et trente dollars. On doit récupérer le passeport tamponné et le visa à l’autre guichet.

Et c’est là que tout se joue. Démuni de votre passeport, vous attendez fébrile de le voir réapparaître. L’individu caché entre les deux guichets détient entre ses mains votre avenir au Laos. C’est lui qui tamponne.

Tamponné du Laos !

Vous attendez. L’officier devant moi tend la main vers son collègue invisible. Il me montre la photo du passeport qu’il vient de récupérer. C’est bien moi. Il compte l’argent. C’est bon. Je récupère mon passeport. Je vérifie la présence du visa et la date d’expiration. Tout est bon. Je suis au Laos. En règle ! C’est donc ça l’éprouvante épreuve du poste frontière terrestre ?

La remontée paisible du Mékong (enfin presque)

La partie administrative réglée, la partie fun peut commencer. Un trajet en bateau  pour rejoindre Luang Prabang. Bien sûr, fidèle à mes principes, j’ai choisi le slow-boat. Donc ça sera deux jours de navigation sur le Mékong. L’expérience a un petit goût de la remontée de la rivière Belaga à Bornéo. Les paysages sont fabuleux. Extrêmement verdoyant. La vitesse du bateau est apaisante. Une fois de plus, j’admire le spectacle infini, perdu dans mes pensées. 

Ma vue pendant deux jours

Tout se passe merveilleusement bien, quand à quatre kilomètres de l’arrivée, le bateau commence à naviguer bizarrement. Il se met de travers, recule, tourne en rond. On ne comprend pas bien. Il avance comme cela pendant quelques minutes. Visiblement quelque chose ne va pas. Et puis, un autre bateau se dirige vers nous. Il s’approche. Il a clairement l’intention de nous aborder. Mais même moi, avec ma faible expérience de la navigation, je trouve sa vitesse un peu excessive.

 

On s’accroche au bateau remorqueur

Et bang ! Il cogne fortement à l’arrière de notre bateau. Seconde tentative. Re-bang ! Les passager commencent à se dévisager. Le troisième essai est le bon. Les deux équipages s’affairent à attacher les deux bateaux ensemble. Aidés par des passager. Et nous voilà escorter jusqu’à une petit plage où notre bateau s’amarre. Notre remorque nous abandonne là. Et l’on découvre enfin ce qui n’allait pas. Le gouvernail s’est fendu en deux. L’équipage tente de le remplacer avec un nouveau. On entend les coups de marteau à la proue du bateau. La réparation dure une quinzaine de minutes.

Changement de gouvernail

Le capitaine démarre les moteurs. L’amarre est lâchée et nous repartons enfin pour terminer les quelques kilomètres qui nous séparaient de notre première étape.

Un jour sans fin

Le lendemain, je me dis qu’il serait peut être judicieux de monter sur le second bateau qui fait aussi route vers Luang Prabang. Sur notre ticket, il y a un numéro de bateau et un numéro de place mais bien évidemment toute cela n’a aucune espèce d’importance. Premier arrivé, premier servi. N’ayant pas trop confiance en la réparation faite la veille, je prends donc place sur l’autre bateau.

Bateau plein de touristes

C’est partie pour une seconde journée de navigation tranquille. Il y des têtes familières et des nouvelles. Tout se déroule comme la veille. Presque qu’une répétition à l’identique. Même rythme apaisant,  même beauté des paysages, mêmes heures qui s’égrènent lentement. Et cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Que nous manquait-il pour que les deux journées soient parfaitement identiques. Bah une panne bien sûr !

D’un seul coup le bateau recommence son manège. Position de travers, il avance, il recule. Ce coup ci, tous les passagers ont compris. Nous n’y croyons pas. Comment cela est-ce possible ? Je veux dire statistiquement. Deux pannes en deux jours sur deux bateaux différents !

Le bateau s’amarre à une petite plage. Ce coup-ci, je suis moins serein. Nous sommes à quarante kilomètres de Luang Prabang. Pas d’autre bateau à l’horizon pour venir nous aider. Je ne peux pas croire qu’il s’agisse encore du gouvernail. Je penche donc plutôt pour une panne moteur. Et là, je me dis que cela peut être long…

Un passager part aux nouvelles à l’arrière où l’équipage s’affaire de nouveau. Il revient avec le sourire. C’est la courroie de la pompe à eau qui a pété. Ils sont en train de la changer. Ca devrait être rapide. Et il poursuit, tu te rappelles ce matin, je t’avais dit qu’il y avait une courroie qui avait une sale tête. Et bien c’est celle-ci qui a lâché. Oui, je me souviens très bien maintenant.

Nous repartons assez vite et atteignons enfin notre destination finale. Dans le tuk-tuk qui nous ramène le débriefing des mes compagnons de routes est sans appel. C’était sympa ces deux jours de bateau mais un peu long. Et ces deux pannes ! C’est certain, on ne les reprendra plus.

Je suis moins sévère sur le bilan de ce trajet. Ces petites avaries font parties de l’aventures. Cela donne des choses à raconter. Pour ma part, je serais prêt à recommencer.

 

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6 Commentaires

  • Répondre
    Fongio de Massy
    22 novembre 2017 à 12:59

    J’ai connu certaines pannes de voitures où tu étais moins enthousiaste à l’idée de recommencer…
    Et sinon, y’avait pas du bambou pour réparer?

  • Répondre
    Iceman
    22 novembre 2017 à 1:22

    Fais tout de même gaffe au nom du prochain bateau….. Titanic ça en jette mais ils sont pas nombreux à raconter leurs aventures !

  • Répondre
    Pap et Mam
    22 novembre 2017 à 6:38

    Encore bien des péripéties qui, alimentent ton petit journal. Magnifiques photos.

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