Humeurs vagabondes

Coup de mou sous les tropiques

Le blues du voyageur est un symptôme bien connu des périples au long cours. Je l’attendais de pied ferme. Il a été bien reçu.

I got the blues (du voyageur)

En préparant mon aventure, j’étais tombé sur de nombreux articles évoquant le blues du voyageur. Apparemment c’est incontournable quand vous crapahutez autour du globe. Alors moi avec mes dix mois de voyage, je m’étais dit que je n’y allais pas y échapper. Je ne suis pas plus malin que les autres. C’est toujours bien de savoir ce qui vous attend. Cela permet d’anticiper un peu, de ne pas être pas surpris et de gérer cela au mieux. Donc la question était juste de savoir quand ce mal inhérent aux baroudeurs allait me tomber dessus. Et bien maintenant, je suis fixé.

Alors le blues du voyageur, il s’immisce sournoisement dans votre vie dissolue d’explorateur toujours paré pour l’inconnu. Bien évidemment, vous ne comprenez pas tout de suite ce qui se passe. Il m’a fallu plusieurs jours pour comprendre ce qui m’arrivait.

Tout a commencé au Laos. Les voyages en bus un peu longs, le chauffeur qui s’arrête toutes les vingt minutes sans raison apparente, les problèmes de communications avec les locaux (je ne parle pas laotien, ils ne parlent pas anglais), sélectionner une guesthouse pour le lendemain sur booking.com, les tuk-tuk qui vous interpellent dans la rue pour une course dont vous n’avez pas besoin.

Bref tous ces petits instants que je trouvais croustillants jusqu’à là, m’irritaient désormais au plus haut point. Moi qui avais fait un bon inestimable dans l’échelle de la zénitude, je retrouvais un vieux démon. Mon insoluble impatience.

Faire mon sac, défaire mon sac, me devenait pénible. J’avais envie de me poser quelque part. J’étais aussi fatigué. Je me morfondais dans d’interminables grasses matinées par pure et inavouable paresse. M’extirper de ma chambre pour aller visiter, encore un temple, encore une grotte, encore un village, ne me motivait pas plus que cela.

La magie de la nouveauté s’évaporait. La lune de miel était finie.

Là, je me suis dit que quelque chose n’allait pas. Et j’ai repensé à tous ces articles que j’avais lus. Mon diagnostic était sans appel. J’avais chopé le blues du voyageur.

Tout d’abord, avant d’inquiéter tout le monde, je vous rassure, quand je parle de blues, il ne s’agit pas d’une grosse déprime me poussant à vouloir me jeter sous le premier tuk-tuk venu ou d’acheter un billet retour hors de prix pour retrouver la froidure hivernale parisienne.  Non, rien qui ne remette en cause mon voyage. Aucun regret. Aucun doute. Juste une lassitude languissante qui s’installe. Oui, lassitude est le mot juste. Mais, il est vrai, que blues sonne un peu plus romanesque.

L’ironie de l’histoire, c’est qu’en fait, tout ce que je trouvais amusant au début de mon voyage, devenait maintenant une épine dans mon pied. Cette fameuse routine à laquelle j’avais réussi à m’échapper avec tant de bonheur, maintenant je courais après. Je donnerais cher pour retrouver quelques petites habitudes. Étaler mes affaires dans ma chambre, déposer mon gel douche dans la salle de bain, commander le même plat au même restaurant. À croire que l’être humain est un éternel insatisfait. Toujours en quête de ce qu’il ne possède pas.

Une pause s’impose

Mais voilà, moi on ne me l’a fait pas comme ça. Le blues du voyageur, il n’allait pas m’abattre comme ça. Alors oui, j’ai glandé dans mon plumard, j’ai regardé des vidéos débiles sur YouTube au bord de la piscine, j’ai parcouru les supérettes de Siem Reap à la recherche d’une bouteille de Grey Goose au meilleur prix pour le réveillon de Noël. Bref, rien qui ne justifie d’être à l’autre bout de la Terre. Mais j’assumais pleinement. C’était mon petit blues du voyageur à moi, je l’avais reconnu. Rien ne servait de lutter. Il me fallait une pause. Dont acte. Je n’étais pas contrariant. S’il fallait faire une pause, j’allais la faire cette pause.

Alors après avoir fêté pleinement l’esprit de Noël à Siem Reap. Direction Phnom Penh pour les festivités du Nouvel An. Quoi de mieux que les fêtes de fin d’année pour vivre en  dilettante ? Une bien belle occasion de buller.

Et je dois dire que la capitale Cambodgienne se prête bien à ce genre d’activité. Enfin, je veux dire, certes, il y a plein de choses très passionnantes à faire à Phnom Penh, mais de la même façon, il extrêmement aisé de trouver de fallacieuses raisons de ne rien faire. Par exemple, la chaleur excessive et la circulation intense. Deux bonnes excuses de traînasser à l’hôtel.

Deux mois fermes au Cambodge

Mais surtout je prends la plus grande décision de ce périple. Quitte à faire une pause. J’y vais à fond. Je savais que toute façon à un moment donné, j’aurais besoin de me poser quelque part. J’avais en tête de le faire en Thaïlande. Me dénicher une petite île tranquille, propice au farniente. Dans mon timing, je n’étais pas trop mauvais. Je pensais faire cela en janvier, après le Cambodge.

Mais je me dis que rester plus longtemps au Cambodge serait en fait une chouette idée. Je suis littéralement tombé sous le charme du pays et surtout de ses habitants. Les Cambodgiens sont d’une telle gentillesse que cela en devient désarmant pour un Européen comme moi habitué à la soupe à la grimace francilienne. Leur générosité désintéressée, leur sourire permanent, leur volonté de s’extirper de leur situation difficile est simplement admirable. Alors, je me dis que, si modestement, je peux être utile, c’est ici et pas ailleurs.

Alors là, dans mon lit, en ce 2 janvier 2018, l’esprit encore vaporeux dans l’alcool évanescent de la veille, je décide de prolonger mon visa d’un mois au Cambodge. Il ne me reste plus qu’à trouver un volontariat dans une ONG qui voudra bien de mes modestes talents.

2018 débutait sous de bons auspices. Merci le blues du voyageur.

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14 Commentaires

  • Répondre
    Kéo, laotienne stressée
    10 janvier 2018 à 7:47

    Bel article. Je note que tu commençais à avoir le blues du voyageur quand on s’est vus à Siem Reap… Hum hum
    Profite bien du Cambodge ! Same same but different 🙂

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    Marion
    10 janvier 2018 à 8:48

    Article très intéressant ! Merci pour ta franchise à ce propos et de montrer qu’en voyage, tout n’est pas toujours rose … Cela peut arriver comme tu l’expliques si bien…

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      Jamais sans mes tongs
      11 janvier 2018 à 10:18

      Oui, je trouve que sur beaucoup de blogs de voyages tout est beau. Il y a parfois des galères, des coups de mou. Je pense que c’est bien d’en parler aussi.
      Surtout que ces petites mésaventures restes mineures au regard de tout ce que nous apporte ces longs voyages.

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    Vigneron débutant
    10 janvier 2018 à 9:04

    Ce qui me démontre que tu as bien eu un coup de blues c’est que tu recherches un grey goose pour noel et non une bonne bouteille de bourgogne 😉

    • Répondre
      Jamais sans mes tongs
      11 janvier 2018 à 10:19

      Ce qui me démontre que tu es bien un vigneron débutant, c’est que tu parles de bonne bouteille de Bourgogne. Si une telle chose existait ça se serait 😉

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    Bettina
    10 janvier 2018 à 9:30

    Comme tu as raison, le Cambodge c’est le pays idéal pour prendre son temps et apprendre de la vie tout simplement !
    J’ai vécu deux ans au Cambodge, C’était incroyable !
    Par ailleurs si tu cherches toujours une NGO j’en connais plusieurs qui sont fiables : Cambodia wildlife sanctuary pour s’occuper des éléphants dans le Mondulkiri, Krousar Thmey qui agit dans les villages près de Siem Reap et l’école du Bayon qui forme de jeunes khmers à la cuisine. Fais gaffe aux « faux orphelinats » Par contre, nombreux dans le pays ! Bon voyage 😊

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      Jamais sans mes tongs
      11 janvier 2018 à 10:26

      Ah cool, j’espère que mon mois supplémentaire va me plaire.« 
      Tu as vécu où ?
      Merci pour les ONG, je vais regarder ça.

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    ISA
    10 janvier 2018 à 10:11

    la période des fetes a dû déclencher ce fameux coup de blues mais comme tu l’attendais de pied ferme, tu l’as géré comme un chef :). bonne continuation dans ton périple inoubliable. bisou

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    Pap et Mam
    11 janvier 2018 à 10:16

    Encore un beau texte. Tu ne nous en avais pas parlé….. Bises

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    La Grande Céline
    15 mars 2018 à 12:27

    cet article tombe à pic… partie il y a exactement 2 mois, j’ai passé 6 semaines en NZ… 8000km parcourus en bagnole plus de 500km dans les pattes …. j’arrive en Thaïlande sur les plus belles plages et là pas moyen de kiffer… c’est beau mais je sais pas… j’arrive pas à me sentir en osmose contrairement à la NZ…
    je mets ça sur le dos de la fatigue.. je suis restée 6jours au même endroit dont 3j a glander sur la plage… j’ai pas l’impression d’aller mieux… alors j essaye de me faire une raison.. tant pis si je vois pas TOUT ce que j’ai prévu mais je ne partirai pas d ici tant que je n’aurais pas la banane….
    il paraît que c’est classique au bout de 2 mois de voyage solo ce petit coup de mou…
    personnellement je suis venue chercher des réponses à quel sens donner à ma vie… je n’en vois absolument pas le début d’une réponse et ça m’énerve un peu… j’ai juste l’impression d emmagasiner et d’accumuler des souvenirs… il faut sûrement se laisser du temps… mais la c’est dur dur quand même …
    Merci en tt cas pour cet article…

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      Jamais sans mes tongs
      25 mars 2018 à 5:39

      Ne t’inquiètes pas ! Cela viendra en tant voulu. Deux mois c’est encore peu. Plus tu voyageras, plus cela prendra tu sens et tu auras moins cette impression d’accumuler des souvenirs.
      Fait au feeling. C’est la richesse de ce genre de périple : avoir le temps.

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